L'architecture de Tikal est caractérisée par une prédominance de la masse sur l'espace. Pour les temples-pyramides comme les palais, les pièces sont réduites à d'étroits espaces rectangulaires fermés par des murs 2 à 3 fois plus larges que l'espace et ne comportent généralement aucune autre ouverture qu'une porte centrale dans un des murs longs ou dans les deux lorsque la pièce communique avec une autre pièce devant ou derrière (fig. 4). Dans leur organisation, les pièces sont comme des huttes alignées les unes à côté des autres et/ou les unes derrière les autres pour former une seule masse linéaire et généralement symétrique en forme de rectangle, de carré, de "L" ou de "I" divisée extérieurement par des retraits (fig. 5).

L'architecture de Tikal est impressionnante mais, dans sa structure, elle peut être réduite à une multiplication et accentuation des formes de base
(voir architecture domestique). On remarque néanmoins des manquements exceptionnels à certains principes d'organisation. C'est le cas de la centralité pour les temples-pyramides (figs. 6a, b) qui ont pour exceptions la projection avant de l'escalier et la position arrière de la crête faîtière qui créent un décentrement général du bâtiment vers l'arrière. Étant donné la verticalité extrême de ce type de bâtiment (la prédominance de la hauteur sur la largeur), le décentrement était nécessaire pour que ces composantes soient fonctionnelles, soit pour que l'escalier soit gravissable (60 degrés au lieu de 70) et que la crête n'écrase pas les arches (en reposant sur le mur arrière). Il semblerait donc que le décentrement soit un compromis structural en faveur d'une verticalité extrême.

Fig. 4: Intérieur d'un palais, Acropole centrale.

Fig. 5: Extérieur d'un temple, Acropole nord.

La sculpture est concentrée sur la crête faîtière. L'emphase est donc mise sur la verticalité du bâtiment. Les sculptures représentent généralement des personnages royaux et des éléments sacrés. Comme ailleurs dans les basses terres mayas, les composantes du bâtiment comportant des sculptures étaient probablement peintes en rouge. De plus, le système de retraits des plate-formes semble marquer l'importance de cette composante comme pour le Temple I dont les neuf niveaux de sa plate-forme représentent les domaines de l'inframonde. En fait, la raison pour laquelle ce temple est aussi appelé le Temple du Grand Jaguar est la sculpture de jaguar à l'intérieur représentant le maître de l'inframonde.

Fig. 6a: Temple I à la fin du 19e siècle, avant sa restauration (Miller 1986).

Fig. 6b: Temple I en 2001, après sa restauration.