Les huttes que l'on observe aujourd'hui (figs. 1, 2), appelées "na" en langue maya et construites par les paysans, sont semblables à celles de la période précolombienne. Même si des matériaux modernes (ciment, brique, métal) remplacent parfois les matériaux traditionnels (terre, bois, feuilles), leur forme n'a pas changé lorsqu'on les compare aux vestiges de huttes remontant à plus de 1000 av. J.-C. Ceci démontre le fort conservatisme dans l'architecture maya.

Il y a plusieurs variantes de la hutte maya selon les matériaux et les techniques locales
(fig. 3) mais toutes évoquent une même forme de base divisible en trois principales composantes (plate-forme, murs, toit) et caractérisée par plusieurs principes d'organisation dont la linéarité, la symétrie, la centralité, la fermeture, l'exiguïté et la verticalité.

La hutte la plus simple et la plus répandue constitue un espace exigu (3x5 mètres ou 10x16 pieds) de forme absidale ou rectangulaire, fermé par des murs en clayonnage et torchis (branches entrelacées recouvertes de boue et parfois de plâtre) et sans autres ouvertures qu'une porte carrée située centralement dans un des murs longs. Cet espace est parfois surélevé par une basse plate-forme de terre et est couvert d'un toit de chaume haut et abrupte (fait en feuilles de palmier ou en herbe). Généralement, de plus petits bâtiments dont une cuisine se rattachent latéralement à la hutte sous forme d'annexes pour former un "groupe maison"
(fig. 1). De telles huttes sont attestées pour la période précolombienne desquelles il ne reste que des plate-formes et des trous de poteaux.

L'accroissement familial nécessite éventuellement la complexification de ce modèle de base afin d'obtenir un plus grand espace d'habitation. Selon les normes mayas, l'agrandissement consiste en la multiplication des composantes selon les règles citées plus haut. Mais les dimensions que peuvent atteindre une hutte sont limitées. C'est alors que l'architecture maya atteint un autre niveau de complexité qui est le "groupe patio", soit le groupement de maisons autour d'une cour commune
(fig. 4). Ce second niveau constitue la forme de base du groupement des bâtiments.

En termes d'organisation sociale, il est présumé que le groupe patio précolombien était habité par une famille étendue, chaque hutte étant la résidence d'une famille nucléaire et la plus grande celle du patriarche. Le groupement de plusieurs groupes patio formait alors une plus grande unité représentative d'une lignée.

Fig. 1: Hutte. Petén, Guatémala.

Fig. 2: Hutte. Yucatán, Mexique.

Fig. 3: Formes de hutte. (d'après Wauchope 1938)

Fig. 4: Groupe patio. Petén, Guatémala.

Depuis le 19e siècle, les chercheurs font remarquer les ressemblances structurales entre les formes domestique et monumentale de l'architecture maya (fig. 5) ainsi que l'uniformité relative des architectures monumentales des différentes régions mayas.

De ces observations est née la "théorie du prototype" selon laquelle les architectures monumentales mayas auraient connu une évolution multilinéaire depuis un prototype domestique commun. L'architecture monumentale serait alors une transformation de la forme de base en matériaux durables (maçonnerie). La valorisation de la forme domestique est d'ailleurs visible dans son usage comme motif décoratif (fig. 6).

Fig. 5: Plans d'une hutte (a) et de temples (b, c, d). (d'après Fauvet-Berthelot 1986)

Fig. 6: Hutte comme motif décoratif. Uxmal, Mexique.